Culture

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SOMBRES HISTOIRES

Les lavandières de la nuit.


Une croyance est très populaire en Bretagne, c’est celle des lavandières de la nuit. On a coutume de les ranger dans la catégorie des revenants et des êtres surnaturels. Etant donné leur activité, on les rencontre la nuit autour des points d’eau où elles lavent leur linge au clair de lune. Ces lieux qu’elles hantent sont connus de tous et nommés avec précision.

Elles apparaissent sous forme humaine et sont le plus souvent solitaires. Leur visage, quand on l’aperçoit, est effrayant à voir. Elles sont la plupart du temps vieilles mais n’en montrent pas moins une ardeur au travail, une force extraordinaire et une agilité peu commune.

Si dans certains cas, elles gardent le silence, il leur arrive néanmoins de s’adresser aux passants attardés pour leur
demander de l’aide. Elle proposent également leurs services aux lavandières.

La rencontre avec la lavandière a généralement lieu à une heure tardive, au retour du travail, d’une visite et le soir de la Toussaint. On sait bien qu’à cette date le royaume des morts s’ouvre sur celui des vivants.
Comme toutes les âmes en pénitence, elles hantent les lieux qui leur étaient familiers avant de mourir et semblent condamnées pour l’éternité à rester dans un même environnement : la mare, l’étang, le lavoir, la rivière.

Dans son Folklore de la France, Sébillot fournit, tant pour la Haute que la Basse-Bretagne, de nombreux exemples d’expiations nocturnes infligées aux femmes qui, de leur vivant, n’ont pas observé les prescriptions de l’Eglise ou ont commis des actes répréhensibles. Par exemple en ne s’acquittant pas des devoirs dus au trépassés: A Chantepie, en Ille-et-Vilaine, une femme avaricieuse qui avait enseveli son mari dans un linceul sale et troué, est condamnée à le laver toutes les nuits au doué.
Si cette négligence a été commise à l’égard d’une femme, c’est cette dernière qui semble en souffrir : la morte à qui on n’a pas mis un suaire propre, revient toutes les nuits essayer de le blanchir.
Dans les environs de Dinan, certaines laveuses de nuit s’occupent à blanchir les os des enfants morts sans baptême.

En règle générale, la nuit appartient aux esprits et celui qui traîne le soir par les chemins s’expose aux pires dangers, comme le souligne encore ce dicton populaire du Trégor :
Goude an anjulus Beañ ermaez zo danjirus !
Après l’angélus, il est dangereux d’être dehors !

Source : Lavandières de jour, lavandières de nuit – Daniel Giraudon
Gravure : Audierne, René Quillivic – gravure sur bois de fil, 1913, 25 x 20 cm. Musée du Pont-Aven.